L’alimentation anti-cancer

Le cancer a beau décimer à tour de cellules, c’est malgré tout une maladie comme une autre. C’est-à-dire qu’elle se développe sur certains terrains et pas d’autres, qu’elle a besoin de certaines conditions pour croître tandis que d’autres lui sont néfastes.

Certes, cette grande faucheuse est « multifactorielle », mais l’alimentation joue probablement un rôle très important dans sa survenue, son développement et sa dissémination. Le point sur ce que l’on sait aujourd’hui sur les liens entre notre assiette et ce fléau.

Aujourd’hui, le cancer est la première cause de mortalité des personnes de plus de 45 ans, et la seconde des plus de 65 ans dans les pays développés. Selon l’OMS, un homme sur deux et une femme sur trois seront touchés par cette maladie dans les années à venir. En parallèle, notre alimentation a connu une mutation sans précédent ces dernières décennies. Notre consommation quotidienne de viande s’est multipliée par trois en cent ans, le sucre blanc et les céréales raffinées ont remplacé le sucre de canne et les céréales complètes.

Colorants et autres additifs confèrent goût artificiel, attraction et longue vie à nos aliments. Ainsi, une mauvaise alimentation est devenue le premier “promoteur” du cancer, avant même le tabac, la génétique, la pollution, l’action de certaines hormones ou de certains virus. Plus aucun chercheur ou médecin sérieux ne peut prétendre qu’il n’y a aucun lien entre alimentation et cancer. L’enjeu scientifique est donc de taille. Lors des très officielles Journées de Nutrition Annuelles de janvier 2003, le Dr Paule Martel, directrice de recherche à l’INRA de Jouy en Josas (Laboratoire de Nutrition et Sécurité Alimentaire) a même insisté sur le fait qu’il existait un nombre considérable d’études scientifiques consensuelles sur le sujet. Au point que toutes ces données étaient d’ores et déjà traduites en recommandations nutritionnelles.

Facteurs de risques

On a longtemps considéré que les prédispositions génétiques étaient essentielles dans la survenue d’un cancer. En réalité, les gènes ne sont responsables que d’un très faible pourcentage de tumeurs ; les facteurs environnementaux menant bien loin devant ! Ainsi, pas moins de 30 % des cancers seraient directement liés au tabagisme, et 40 % à l’alimentation ! Voilà qui fait réfléchir.

Cela signifie qu’en théorie, si l’on s’abstient de fumer et que l’on mange de façon adéquate, on a 70 % de risques en moins de développer un cancer. Vous avouerez que ce n’est pas rien… Et lorsqu’on sait que les cancers les plus fréquents sont également ceux qui sont les plus « accessibles » à l’alimentation (sein, prostate, appareil digestif, voies aériennes), on n’hésite plus à aller faire son marché…

Un aliment, c’est plus complexe qu’un médicament

Bien entendu, rien n’est simple dans le domaine, et il n’est pas question une seconde de prétendre guérir du cancer en mangeant de la salade de tomate à volonté. En revanche, il est tout à fait question de mettre toutes les chances de son côté pour prévenir la survenue d’un cancer. De même, si malheureusement la maladie s’est déclarée, il faudrait être fou pour ne pas tout mettre en oeuvre dans l’objectif de ralentir sa progression. Dans l’aliment, des milliers de composants interagissent entre eux dans le moindre quartier de mandarine, mais aussi avec les cellules du corps, et sont fonction de l’état de santé, de stress, du climat, du sexe, de l’âge, etc.

« Pour l’organisme, l’alimentation est une source continue et extrêmement diversifiée de facteurs dotés d’activité biologique, qui agissent à toutes les étapes du développement d’un cancer, rappelle le Dr Martel. L’effet des constituants en question sera fonction de la quantité consommée, de la façon dont le corps les capte, de leur modification éventuelle au cours de la préparation culinaire, de leur interaction avec d’autres constituants dans l’aliment ou dans l’organisme. » C’est donc l’impact global à long terme qui compte.

Ceci appelle deux remarques : il n’est pas dramatique de manger de temps à autre des aliments considérés comme « suspects ». Ce n’est pas parce que vous avalerez une fois de la viande carbonisée ou des biscuits gras et raffinés que vous aurez un cancer le lendemain !

Nous réprimons en permanence des débuts de cancer

Un cancer ne se développe pas du jour au lendemain. En fait, nous réprimons tous en permanence des débuts de cancer, que notre système immunitaire réduit à néant.

Lorsque pour diverses raisons celui-ci est affaibli, le cancer se développe. Certaines substances présentes dans les aliments peuvent prévenir et même lutter contre le cancer, en créant des conditions chimiques bonnes pour le corps mais mauvaises pour la maladie.
D’autres substances peuvent au contraire fournir l’environnement dont raffolent les cellules cancéreuses pour se développer.

Un consensus

La majorité des scientifiques est d’accord sur les points suivants :

  • La consommation régulière et variée de fruits et légumes est associée à une réduction du risque de nombreux cancers. Plus précisément, pour le Pr Peto (épidémiologiste), consommer 3 fruits et 2 légumes frais par jour réduit de 80 % le risque de cancer ;
  • La pratique d’une activité physique régulière réduit le risque de divers cancers (dont celui du côlon, du rectum et du sein) ;
  • La consommation excessive d’alcool est associée à une augmentation du risque de plusieurs cancers ;
  • Un apport calorique excessif (avec ou sans surpoids) est associé à une augmentation du risque de cancer du côlon et du rectum ;
  • L’obésité augmente le risque de cancer de l’endomètre (utérus).

Les aliments conseillés

Les fruits et légumes frais

Ils contiennent toute une palette de nutriments protecteurs (fibres, antioxydants, vitamines, minéraux, capteurs de poisons…). La vitamine C s’oppose à la transformation des nitrates en nitrites, fortement soupçonnés d’être cancérigènes.

  • Pommes, bananes, poires, prunes, abricots, agrumes (petite peau blanche), carottes, haricots secs. La pectine, une fibre particulière, est la “fibre-en chef” anti-cancer du côlon. Remarque : ne soyez pas trop consciencieux lorsque vous épluchez vos oranges ou vos clémentines !
  • Dattes, baies, pommes. Il semble que les fruits riches en salicylate (substance de base de l’aspirine) protégeraient même encore plus que les fibres.
  • Fruits et légumes très colorés (oranges ou verts). Les carotènes qu’ils contiennent protègent du cancer de la peau et/ou de l’utérus. Le béta-carotène, notamment, limite l’extension du cancer aux cellules voisines.
  • Choux, brocolis, tomates, carottes, oignon et ail. Ils contiennent des substances anti-cancer spécifiques utiles. Le lycopène (notamment) protège aussi bien du cancer de la prostate que de celui de l’utérus ou du pancréas.
  • Légumes à feuille (épinards par exemple), haricots secs, brocoli, asperges, choux de Bruxelles.
  • Ail, oignon, ciboulette. Ils contiennent des antibiotiques naturels qui protègent — notamment — l’estomac.
  • Noix (toutes variétés), céréales complètes. La vitamine E protège les graisses de l’oxydation, et s’oppose donc aux cancers tous azimuts, puisque l’enveloppe de chacune de nos cellules est constituée en majorité de graisses.
  • Céréales complètes, pruneaux, fruits oléagineux (amandes, noix) et secs (raisins, dattes, figues). Une alimentation riche en fibres constitue un excellent « parapluie » anti-cancer. Ces dernières jouent en effet plusieurs rôles déterminants. Exemple : elles fixent les substances cancérigènes et, comme elles accélèrent le transit intestinal, permettent à ces indésirables de rester moins longtemps dans l’organisme. Elles assurent aussi un bon équilibre de la flore intestinale, qui représente notre toute première barrière immunitaire. Il est certain que les fibres aident à prévenir les cancers du côlon, du rectum, du poumon et de l’utérus.
  • Légumineuses. Leurs antiprotéases protègent du cancer, surtout hormono-dépendant (sein, prostate). Mais les légumineuses apportent aussi des fibres et bien d’autres substances protectrices.
  • Soja et produits dérivés (tofu). L’un de ses composants, la génistéine, bloque l’alimentation des cellules cancéreuses. On sait que le soja protège les asiatiques de certains cancers (sein, prostate), à condition d’être consommé très régulièrement depuis longtemps.
  • Poisson gras (sardine, maquereau, anguille, saumon frais de qualité…). Les acides gras omega 3 sont des gardes du corps essentiels. Ils sont indispensables dans la tactique anti-cancer, et surtout prennent très avantageusement la place d’autres acides gras nettement moins recommandables (viandes). Il est notamment recommandé de consommer ce type de poisson 3 fois par semaine minimum afin de prévenir l’apparition des polypes et le cancer colo-rectal. En revanche, évitez le poisson fumé.
  • L’acide folique (vitamine B9) empêche la fragmentation des chromosomes dans les cellules, et donc les rend moins vulnérables au cancer. Les personnes atteintes d’un cancer du poumon ont toujours une carence en acide folique. Un bon statut en B9 protège les femmes du cancer de l’utérus.
  • Huiles de noix, d’olive, de lin, de colza. Contrairement aux graisses saturées d’autres huiles et corps gras, les acides gras de ces huiles protègent du cancer, notamment celui du sein. Ces huiles doivent être extraites en première pression à froid.
  • Thé vert (ou oolong, ou earl grey). Il s’oppose au développement des cellules cancéreuses par divers biais. Il est judicieux d’en boire au moins 2 tasses par jour.
  • En rouge. 1 verre par repas est protecteur (flavonoïdes). Ses composés empêchent une enzyme (cyclooxygénase) de transformer un dérivé de graisse en composé cancérigène. Mieux vaudrait en boire un petit peu que pas du tout — mais si vous n’aimez pas, ne vous forcez pas !
  • La réglisse. Elle ralentit la reproduction des cellules cancéreuses. Il ne s’agit pas des bonbons à la réglisse genre Haribo qui ne contiennent pas un atome de cette magnifique plante ! (Attention : la consommation excessive de réglisse peut provoquer de graves troubles de tension artérielle).

Les aliments dangereux

  • Alcool. Dès que l’on dépasse la dose de 2 à 3 verres de vin rouge par jour, l’alcool inactive le système immunitaire, et rend inopérantes les cellules “tueuses” qui avalent les cellules cancérigènes. De grandes quantités d’alcool favorisent même la multiplication des métastases du cancer du sein.
  • Produits industriels. Ils regorgeant d’additifs (surtout colorants rouges, jaunes et oranges). Leur consommation chronique est fortement suspectée d’augmenter les risques de cancer ;
  • Pesticides ;
  • Liquides bouillants ;
  • Charcuteries ;
  • Partie carbonisée des viandes ;
  • Produits laitiers (surtout desserts très sucrés – mousses, crèmes) ;
  • Pâtisseries, viennoiserie ;
  • Sucre raffiné, sucreries ;
  • Nitrates (présents dans les végétaux de régions polluées, surtout carottes, épinards, radis, salade).
  • Viandes grasses et produits industriels riches en graisses saturées (pâtisseries, viennoiseries, desserts lactés, crèmes glacées…).

Précision : les matières grasses accélèrent le développement des cellules cancéreuses. De plus, les graisses stimulent la production d’oestradiol, la première hormone impliquée dans le cancer du sein. Enfin, les graisses affaiblissent le système immunitaire.

Le cas du sucre

Le sucre contribue à diminuer la production de prostaglandines, agents immunitaires qui éliminent les cellules cancéreuses naissantes. Le sucre blanc peut favoriser le processus cancéreux, notamment celui du côlon, mais pas seulement. Le mécanisme en cascade est vicieux : il nous « vole » certains nutriments pour que nous puissions l’assimiler, et il finit par créer une carence en éléments protecteurs (alors que le sucre complet, le miel ou le sirop d’érable contiennent, eux, les vitamines et minéraux nécessaires à leur absorption) ; le sucre « appelle » le sucre en désorganisant nos paramètres sanguins. Donc, à chaque nouvelle « prise », on aggrave notre cas. Une alimentation riche en sucre est souvent pauvre en fruits et légumes, protecteurs anticancer.

  • Une seule indication pour le sucre : si vous avez des nausées, par exemple suite à une séance de chimiothérapie, les boissons à base de cola peuvent vous empêcher de vomir et repousser les nausées.

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