La peau : un monde vivant à respecter

On la lave, on l’exfolie, on la couvre de crèmes et d’huiles… Pour son bien, pense-t-on. Et si on en faisait trop, ou mal ? La découverte (récente) du microbiote cutané pourrait nous faire repenser nos rituels d’hygiène et de beauté.
Le microbiote est l’ensemble des micro-organismes qui vivent sur un être vivant. Toute une population, avec des millions de gènes sur des millions d’organismes, peu à peu décodés grâce à la puissance de calcul toujours plus grande des ordinateurs.
Ces micro-organismes sont présents dans et sur notre corps. Selon l’expression de Marie-Alice Dibon, consultante en cosmétiques et biotech, « sur notre peau, ça grouille de partout !« . Non pathogènes, ils vivent en nous, sur nous et avec nous, et depuis toujours.
Ce microbiote, véritable capital-santé, s’acquiert à la naissance, et peuple l’ensemble de notre corps en environ deux minutes, se répartissant différemment selon les différentes zones. Les micro-organismes qui le composent interagissent entre eux et avec nos cellules, particulièrement avec celles impliquées dans le système immunitaire. Qualifié aujourd’hui d’organe à part entière, son rôle a déjà été identifié dans plusieurs types de maladies, allant de l’obésité au diabète, en passant par le psoriasis, les allergies et même l’anxiété.
Le microbiote, qu’est-ce que ça change ?
À première vue, la découverte récente du microbiote ne change rien en soi : même si on ne le savait pas, il a toujours été là. Mais sa connaissance et son décodage, en fait, bouleversent tout. Et d’abord dans notre système de valeurs.
Notre corps peut ainsi être comparé à une planète, composé de 10 % d’humain et de 90 % d’étranger. Voilà qui remet tout simplement en question notre définition du vivant et de l’identité…
De même, nous vivons en étroite collaboration avec ces micro-organismes dont nous sommes dépendants. Voilà qui remet en pleine lumière des notions comme l’interdépendance du vivant, la bienveillance envers l’autre, le respect mutuel…
« Potentiellement, appuie Marie-Alice Dibon, cela touche tous les domaines : la médecine, l’agriculture, l’alimentation, le vivre ensemble, l’hygiène de vie…«
Quelques exemples
- On commence déjà, sur la base de la connaissance du microbiote, à chercher des pistes de traitement pour plusieurs maladies, comme le diabète, l’autisme, la maladie de Crohn…
- On commence aussi à penser à de nouvelles recommandations nutritionnelles : on a déjà observé que le passage d’une alimentation carnée à une alimentation végétarienne modifie le microbiote intestinal de façon radicale… en 2 jours.
- Les pratiques hospitalières pourraient être profondément revues : faut-il, par exemple, continuer de pratiquer des césariennes « de confort », quand on sait que la naissance par voie naturelle favorise un bon microbiote, et que la césarienne est d’ores et déjà identifiée comme un facteur de maladies de la peau et d’obésité ?
- L’utilisation des pré- et probiotiques, comme à l’inverse, celle des anti-infectieux, pourrait être considérablement revisitée. Avec aussi l’apparition de la notion de « bactérie-médicament ».
- Et que penser de l’utilisation à outrance des antibiotiques, alors qu’il s’avère que les bactéries ne sont pas toutes nos ennemies, et que toutes celles qui nous peuplent naturellement sont au contraire facteur de santé ?
Le microbiote à l’épreuve de nos habitudes cosmétiques
Facteur de santé et d’équilibre cutané, cet élément nouveau change forcément l’angle d’approche de nombreuses problématiques cosmétiques.
De nouveaux paradigmes cosmétiques
Si l’optique devient sa préservation, et l’intention de protéger les bons germes en évitant les mauvais, cela pourrait d’abord éclairer d’un jour totalement nouveau le débat du « sans conservateurs » (anti-micro-organismes par essence).
Voire remettre en cause certaines pratiques industrielles, quand les conservateurs servent davantage à protéger des contaminations durant le processus de fabrication que le produit durant son utilisation par le consommateur…
Et faire revoir aussi les listes des ingrédients à recommander et à éviter. Les débats récurrents sur l’opportunité d’utiliser certains d’entre eux (comme le triclosan) pourraient être ainsi tranchés d’un coup…
Et ce n’est pas fini
L’application régulière de doses importantes d’alcool (antiseptique) par le biais des gels hydro-alcooliques pour les mains pourrait devenir encore plus controversée. Comme la recommandation de procéder à au moins un gommage hebdomadaire : « L’homéostasie de la peau est profondément perturbée par une exfoliation mécanique, explique Marie-Alice Dibon, il lui faut ensuite 30 jours pour s’équilibrer à nouveau« …
C’est jusqu’à l’hygiène de base quotidienne qui mérite qu’on s’interroge : faut-il continuer de décaper chaque jour, par le biais de nos savonnages habituels, le microbiote du corps tout entier quand quelques zones « sensibles » méritent vraiment une préservation des « mauvaises » bactéries ?
Un nouveau langage bactérien
On voit là qu’on ne parle pas d’évolutions mineures, mais d’une révolution en profondeur, des formules des produits, des protocoles d’hygiène et de soins de la peau… et bien sûr des discours marketing !
Car il faudrait d’abord que les professionnels admettent, et qu’ils fassent admettre aux consommateurs, que le secteur cosmétique s’est trompé de vision pendant des années, qu’il a incité à la consommation de produits qu’il faudrait éviter, qu’il a institué des habitudes qu’il faudrait abandonner. Comment opérer le changement de discours ? Comment dire l’inverse de ce qu’on a martelé pendant des années sans choquer ni provoquer de rejet ? Et comment faire rêver les consommateurs (le but ultime des services marketing) avec des histoires de bactéries ? Pas simple.
Vers une nouvelle cosmétique ?

Prendre en compte le monde du microbiote obligerait ainsi la cosmétique à opérer un virage à 180°… mais pourrait aussi lui ouvrir de fantastiques perspectives.
Puisqu’il est là, et que maintenant on le sait, c’est un acteur de plus à considérer dans la stratégie d’élaboration des produits. On pourrait ainsi penser à une segmentation de la peau différente de celle pratiquée aujourd’hui (peau normale, peau grasse, peau sèche…), cette fois basée sur le type de microbiote. Cela permettrait d’élaborer des produits différents, avec de nouveaux types d’activité et des revendications associées d’un genre nouveau.
On a déjà vu apparaître quelques discours marketing sur l’action positive des probiotiques sur la peau, mais ils sont restés pour l’instant dans l’univers de quelques marques de niche, et n’ont pas constitué de réelle innovation de rupture.
On pourrait imaginer d’aller beaucoup plus loin.
« Les bactéries peuvent interagir avec les ingrédients cosmétiques, avec les cellules de la peau : utilisons-les !« , lance Marie-Alice Dibon. Et d’imaginer des sensorialités surprises, comme des masques qui changent de couleur quand la peau a son plein d’hydratation, ou qui crépitent quand le temps de pose est terminé… pour créer un monde de fonctionnalités visibles par la consommatrice !
On pourrait aussi intégrer les bactéries en tant qu’actifs dans les formules, jouer avec les différents microbiotes pour créer des soins sur-mesure qui s’adaptent aux conditions de la peau : un soin matifiant qui se régule en fonction de la chaleur de l’épiderme, une crème dont l’action évolue selon que l’on est à l’extérieur ou à l’intérieur, un maquillage qui réagit à la lumière pour s’intensifier le soir…
On pourrait repenser les protocoles d’hygiène, avec des gels-douche « intelligents » qui lavent différemment les zones du corps dont le microbiote est spécifique, avec des nettoyants sans eau, pourquoi pas des tissus imprégnés de bactéries adaptées ?
Science-fiction ? Pas tant que ça, peut-être. Car si ces évolutions supposent une grande maîtrise de la modification du vivant et une connaissance approfondie des microbiotes et des interactions entre micro-organismes, certains l’ont déjà un peu anticipé, et commencé à tracer la voie cosmétique vers l’utilisation du microbiote et de ses potentialités.
Affaire à suivre…
Effets indésirables
De quoi parle-t-on quand on évoque les risques associés à l’utilisation des cosmétiques ? Les potentiels effets indésirables peuvent être de nature bien différente, dépendre de la sensibilité ou des appréciations de chacun, et être plus ou moins graves. Décryptage.
Tous les ingrédients présents dans les produits d’hygiène et de beauté sont autorisés par la réglementation, dosés et contrôlés dans le but de garantir la sécurité des consommateurs. Il n’en reste pas moins qu’on continue à connaître certains risques associés à l’utilisation de cosmétiques. Quelques-uns sont avérés, d’autres suspectés, certains ne touchent qu’une catégorie d’utilisateurs, mais oui, un risque est toujours présent, au moins dans nos esprits. Encore faut-il savoir ce qu’on entend par risque…
Les allergies
Les cosmétiques entraîneraient des réactions de type allergique chez 15 à 20 % de la population. Eczémas, démangeaisons, plaques rouges, dartres, urticaires, œdèmes… il y a plus d’une réaction indésirable associée à ces manifestations !
Une allergie peut se déclencher, en réaction à une molécule allergène, après parfois des années d’utilisation sans problème de produits qui la contiennent, mais pendant lesquelles, peu à peu, l’organisme s’y sensibilise peu à peu.
Une fois déclarée, elle se réactive à chaque nouveau contact, qu’il soit direct (quand on applique une crème sur la peau) ou « à distance » (un vernis à ongles peut déclencher l’apparition d’une plaque d’eczéma sur les paupières) et même éventuellement « par procuration » (quand la teinture capillaire d’une maman provoque une dermatite chez son bébé…), parfois de façon quasi-immédiate, parfois quelques jours après le contact.
Les irritations
Elles peuvent provenir de produits inadaptés au type de peau (une lotion à base d’alcool sur une peau sèche…) ou de certains ingrédients au caractère irritant.
Elles se traduisent par des picotements, tiraillements, rougeurs ou autres sensations de brûlure, en général très rapidement après l’application du produit en cause, parfois seulement après quelques jours d’utilisation.
Leurs manifestations, à l’inverse de celles induites par une allergie, restent le plus souvent limitées à la zone de contact avec le produit, et il suffit de ne plus se servir de ce dernier pour que les symptômes régressent puis disparaissent.
Les effets toxiques pour l’organisme
Autant on peut relativement facilement lier une allergie ou une irritation cutanée à un produit ou une molécule spécifique, autant on ne pourra jamais dire qu’un cancer (ou une maladie d’Alzheimer, ou une malformation du fœtus, ou une baisse de la fertilité masculine…) a été provoqué par tel ou tel ingrédient cosmétique. En matière de toxicité, si on connaît des substances qui sont dotées d’un potentiel nocif pour l’organisme, la relation directe entre leur utilisation et la survenue d’une maladie est impossible à établir avec certitude.
Mais certains de ces risques, même potentiels, sont bien identifiés, comme c’est le cas pour le formaldéhyde et les libérateurs de formol (cancérogènes), ou pour les perturbateurs endocriniens. Et leurs éventuelles conséquences s’avèrent souvent suffisamment alarmantes pour être considérées sérieusement.
Les effets polluants pour l’environnement
Une matière première cosmétique peut être végétale et cultivée selon les exigences de l’agriculture biologique, elle peut aussi être issue de cultures conventionnelles utilisant pesticides et engrais, dérivée de l’industrie pétrochimique ou de la synthèse pure.
Son procédé d’obtention et/ou de transformation peut répondre à des critères environnementaux respectueux des équilibres naturels, il peut aussi relever d’une chimie lourde.
Au final, l’impact environnemental d’un ingrédient (ou d’un produit fini) peut s’avérer négligeable, ou au contraire les matières premières mises en œuvre s’avérer polluantes, très peu biodégradables, nocives pour les organismes aquatiques, toxiques pour la faune et la flore…
Mais quels qu’ils soient, tous ces effets indésirables peuvent être évités : il « suffit » au consommateur de s’informer, pour bien choisir. Et à Rebelle-Santé, on s’emploie chaque mois à vous y aider !
