Le pygeum africanum, l’arbre de la prostate

Ce prunier africain pousse à l’état sauvage dans les zones montagneuses du Kenya, du Cameroun et de Madagascar. La poudre extraite de son écorce est utilisée depuis des siècles en médecine traditionnelle pour soigner les troubles de la prostate. Les scientifiques ont confirmé ses propriétés.

Un grand arbre

Le prunier d’Afrique est un grand arbre de 20 à 30 mètres dont le tronc peut atteindre 1 mètre de diamètre. Ses feuilles sont à pétioles, oblongues et crénelées. Ses petites fleurs blanches à pédoncule rouge sont disposées en grappes. Les fruits sont rouges. Son écorce est tendre et rose foncé quand on la coupe ou qu’on la broie.

La « maladie du vieil homme », en Afrique, est depuis toujours soignée avec des décoctions d’écorce de Pygeum africanum. Les explorateurs du XVIIIème siècle ont rapporté le remède qui est devenu l’un des plus utilisés aujourd’hui pour soigner l’HBP (hyperplasie bénigne de la prostate).

Un arbre à protéger

Le Kenya exporte 3 500 tonnes d’écorce par an, le Cameroun 2000 tonnes et Madagascar 600 tonnes. Tout cela finit en poudre pour faire des gélules ou des comprimés qui soigneront les prostates occidentales. Selon le Centre International de Recherche Forestière à Nairobi (Kenya), le pygeum a été récolté de façon excessive et reste menacé d’extinction. Les pauvres agriculteurs ont vite compris le bénéfice qu’ils pouvaient tirer de cet arbre : l’écorce d’un individu peut leur rapporter 200 €, soit l’équivalent d’une année de travail ! Ils n’ont rien à craindre de la police qui a d’autres chats à fouetter et qui fréquente peu les régions montagneuses difficiles d’accès. Il faut environ 20 ans pour qu’un arbre produise des graines (pour se reproduire) et qu’il soit apte à donner une écorce commercialisable. Heureusement, une technique de marcottage, utilisée d’habitude pour les arbres fruitiers, a été mise au point pour accélérer le repeuplement des forêts kenyanes. Un label « vert » écologique est actuellement mis en place pour favoriser l’exploitation du Pygeum africanum cultivé. Les essais sont actuellement en cours dans des villages pilotes au Kenya de façon à sauver l’arbre et à donner une nouvelle source de revenus aux agriculteurs. Car nul doute que la consommation de Pygeum africanum va encore augmenter.

Hyperplasie bénigne de la prostate

Cette affection touche les hommes à partir de la cinquantaine, parfois dès la quarantaine. Elle occasionne une gêne pour uriner et, souvent, les hommes craignent que ce soit le signe avant-coureur d’un cancer, même si aucun lien n’a jamais été démontré. Le traitement peut être chirurgical, médicamenteux ou phytothérapique. Il existe plusieurs techniques opératoires (résection transurétrale, incision cervico-prostatique ou adénomectomie) qui présentent toutes les mêmes inconvénients : éjaculation rétrograde (dans 75 % des cas), incontinence avec un taux de réintervention élevé (au moins 2 % par an). Les traitements médicamenteux (alpha-bloquants ou inhibiteurs de la 5-alpha-réductase) n’ont pas montré de supériorité par rapport à la phytothérapie (Sources ANAES & AFSSAPS). L’efficacité des autres techniques (laser, thermothérapie par micro-ondes (TMTU), traitement par ondes radio de basse fréquence (TUNA), par ultra-sons à haute énergie focalisés (HIFU), n’a pas été démontrée et on n’en connaît pas les effets secondaires. Il semble donc que seules les substances issues de plantes soient recommandées et, parmi elles, le Pygeum africanum.

De nombreuses recherches

Depuis une quarantaine d’années, le Pygeum africanum a donné lieu à de nombreux essais cliniques. En 2002, des chercheurs ont rassemblé les résultats de 18 études en double-aveugle, concernant 1 562 hommes atteints d’hypertrophie bénigne de la prostate. Les conclusions sont nettes : le pygeum est nettement plus efficace qu’un placebo. Une autre étude, menée sur 263 sujets, a démontré une nette amélioration de la miction chez 65 % des sujets traités, contre 31 % pour le groupe placebo. Par ailleurs, les chercheurs ont été parfois surpris d’effets inattendus. Ainsi, des scientifiques italiens ont constaté que le pygeum avait soigné non seulement la prostate mais aussi les troubles sexuels de leurs sujets d’expérimentation. Contrairement aux médicaments, le pygeum n’agit pas au niveau hormonal et il aurait même une action anti-inflammatoire sur le développement des tissus responsables de l’hypertrophie prostatique. Enfin, selon certains auteurs, le Pygeum africanum réduirait le diabète et augmenterait la fertilité masculine, mais nous n’avons pas connaissance d’études cliniques sur ces indications.

Où ? Comment ? Combien ?

En pharmacie, le Pygeum africanum est commercialisé par les Laboratoires Fournier sous le nom de Tadenan, remboursé partiellement par la Sécurité Sociale. En magasins de produits naturels et par correspondance, on trouve du Pygeum africanum sous forme de gélules. Dans les deux cas, il suffit de suivre les indications sur la notice. De nombreuses spécialités associent le Pygeum africanum, le saw palmetto, le zinc, l’ortie (Urtica dioica), les pépins de courge ou d’autres compléments alimentaires réputés pour leur action contre l’HBP.

Pas de contre-indication

Il n’existe aucune interaction négative avec d’autres plantes ou des médicaments. Hormis de rares troubles gastro-intestinaux bénins, aucun effet indésirable n’a été relaté.

Pensez aux autres substances efficaces

Les méta-analyses (qui regroupent plusieurs études scientifiques) montrent que le saw palmetto est aussi efficace que le pygeum et, contrairement à ce dernier, il n’est pas en voie de disparition ; il est également bien moins cher, il faut donc également y penser. D’autres plantes et compléments alimentaires (épilobe, pépins de courge, zinc, vitamines B et E, sélénium, ortie…) sont également efficaces. D’ici quatre ou cinq ans, le Pygeum africanum devrait être sauvé et son prix sera plus abordable.

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