Le toucher-massage

Bien plus qu’un simple massage : un véritable outil de communication et un soutien vers la guérison.

Dans bien des sociétés, masser l’autre est un acte instinctif, naturel, pratiqué depuis l’enfance au sein de la famille et ce, depuis des millénaires. Les parents massent les enfants, les enfants massent les grands-parents et cet acte qui peut paraître anodin chez nous, occidentaux, contribue pourtant à la profondeur de la relation familiale, mais aussi à la santé et au bien-être.

Depuis quelques années, le massage a été redécouvert et ses bienfaits mis en évidence dans le cadre des professions du monde médical. Pourtant, ce n’est pas en tant que technique médicalisée qu’il nous intéresse ici, mais bien en tant que moyen d’expression, de communication authentique et de réconfort. En effet, les malades, les personnes âgées, mais aussi nombre de bien-portants ont perdu l’habitude d’être touchés. Le toucher est pourtant un sens essentiel à notre bien-être physique et psychique et à notre santé. Quand une personne âgée perd l’usage de la vue et/ou de l’ouïe, que lui reste-t-il si on la prive aussi du toucher ?

Halte à la pudeur extrême

Observez d’autres peuples, les Mexicains, par exemple. Pour se saluer entre amis ou membres de la famille, ils se prennent dans les bras. C’est un geste naturel, plein de spontanéité. Chez nous, une telle attitude mettrait mal à l’aise, nous semblerait trop familière, impudique…

Dans notre culture, le toucher est réprimé, parfois même perçu presque comme un attentat à la pudeur. C’est la théorie et l’intellect qui priment, et nous oublions du coup trop souvent que le toucher est indispensable à la relation, et pas seulement au sein du couple. Un bébé qui est embrassé, massé, caressé se développera plus harmonieusement qu’un enfant, choyé certes, mais privé de la douceur du contact physique. Il en va de même pour un malade. Les traitements médicaux les plus pointus et le savoir-faire des médecins et infirmières ne suffisent pas. Un patient a aussi besoin de contact physique, de tendresse, de chaleur humaine pour se sentir mieux, et le massage répond à ce besoin. Le massage est d’ailleurs enseigné depuis toujours aux infirmiers dans les pays anglo-saxons.

Des effets rapides

Il est un réel soutien aux traitements médicaux. Massés, touchés, les malades récupèrent plus vite, ils dorment mieux, ils souffrent moins…

Le massage agit comme un antidouleur et un calmant.

Il stimule le système immunitaire.

Il aide à conserver une certaine autonomie, améliore la circulation, apaise les douleurs articulaires, redonne de l’appétit et rend le sourire.

Il permet au patient de réapprivoiser son corps et améliore aussi l’état de la peau.

Il stimule le foie et les reins.

Il détend et aide également à lutter contre la peur, l’angoisse et le sentiment de solitude que peut éprouver un malade ou une personne âgée, et il permet d’instaurer une relation de confiance entre le malade et le soignant.

De plus, le toucher-massage a l’avantage non négligeable de contrebalancer le côté invasif et désagréable d’un certain nombre d’actes médicaux.

Si vous ne retenez qu’une chose, que ce soit celle-ci : un toucher-massage, respectueux et attentif, ne fait jamais de mal, ce qui n’est pas le cas de l’absence de toucher…

Passer le cap

Cependant, même si certains sont convaincus des bienfaits du toucher-massage, il n’est pas toujours facile à mettre en œuvre pour les soignants qui n’y sont pas familiarisés et n’ont pas l’habitude de toucher les patients d’une manière informelle, sans véritable motif objectif. Ils risquent de se heurter au scepticisme de leurs confrères, au manque de temps, bien sûr, mais aussi à une certaine gêne, à la crainte de mal faire ou d’être mal perçus.

Des craintes légitimes, mais qu’ils doivent apprendre à dépasser pour apprivoiser ou ré-apprivoiser le toucher. Tout le monde est en effet capable de masser son prochain. Il ne s’agit pas d’une technique codifiée et compliquée, mais de gestes simples et naturels accessibles à tous. Il suffit de se laisser guider par son intuition et son cœur, et d’être à l’écoute du patient.

Le toucher-massage est non seulement toujours bénéfique, mais il est même devenu indispensable dans notre monde médical moderne. Il permet de dépasser la « hiérarchie » pour établir une communication d’égal à égal entre le soignant et le malade. Ce toucher est pratiqué au moment où le malade en ressent le besoin et non sur « rendez-vous ». Et, ce qui peut surprendre, il est non seulement bénéfique au patient, mais également au soignant. En effet, ce dernier a alors vraiment l’impression de faire du bien au patient, de lui procurer un moment de bonheur et pas seulement de soigner son corps comme un technicien ; cette « pause » dans son travail lui permet aussi de se détendre.

L’importance du toucher

Pourquoi appréciez-vous tellement d’aller chez le coiffeur ou à l’institut de beauté ? Tout simplement parce que l’on prend soin de vous et… qu’on vous touche. De même, quand une personne a de la peine, vous la serrez dans vos bras. Quand votre enfant est malade, vous lui caressez le front. Tous ces gestes naturels sont autant d’indices de l’importance du toucher pour notre bien-être et notre équilibre. Mais établir un contact physique avec un inconnu est beaucoup plus difficile. C’est pourquoi nous enfermons le toucher dans un carcan de massages codifiés au lieu de laisser parler la spontanéité.

Pour pratiquer le toucher-massage, pas besoin de connaître l’anatomie. Pas besoin non plus de force physique. Quelques heures à quelques jours de préparation suffisent pour retrouver les bons gestes. Il suffit de vouloir faire du bien à l’autre et d’avoir suffisamment confiance en soi pour se sentir à l’aise et outrepasser ses craintes. La douceur est essentielle, tant dans les gestes que dans l’approche du malade. Nul ne peut masser à contrecœur. Pour pratiquer le toucher-massage, il est indispensable d’aimer ça. Vous pouvez masser tout le corps ou simplement les mains, les pieds, la tête, la nuque, le dos… Les possibilités sont multiples, que vous ayez du temps devant vous ou juste quelques minutes.

Une technique à généraliser

Le toucher-massage correspond tout à fait au rôle de tout personnel soignant. Il devrait trouver sa place dans tous les hôpitaux, les maisons de retraite, les centres de soins, dans les maternités, en pédiatrie… Il devrait être pratiqué dans le cadre des soins à domicile où il s’intègre parfaitement. Il devrait systématiquement faire partie des soins des nouveau-nés. Cette technique mérite d’être adoptée par les médecins, les infirmiers, les kinés, les aides-soignants, mais aussi la famille et les amis.

À LIRE

Le toucher-massage, de Joël Savatofski aux éditions.
Le toucher apprivoisé, de Pascal Prayez et Joël Savatofski aux éditions Lamarre.
Le toucher relationnel au coeur des soins, de Carine Blanchon aux éditions Elsevier.

ADRESSE UTILE

Institut de Formation Joël Savatofski (IFJS) : 1 rue du Dr Barbier 21000 DIJON – Tél : 03 80 74 27 57 – Email : contact@ifjs.fr – Site : www.ifjs.fr

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