Le ver solitaire

Un amaigrissement incompréhensible, associé à un manque d’appétit ou au contraire à un appétit d’ogre, dans un contexte de fatigue, de démangeaisons, de maux de ventre, la constatation de la présence d’anneaux blanchâtres dans les selles… Il n’en faut pas beaucoup plus au médecin pour évoquer un ver solitaire, autrement dit un ténia.
Pas de panique, il s’agit d’une maladie bénigne et tout rentre dans l’ordre en quelques jours avec un simple traitement antiparasitaire. Le ver solitaire est un parasite en forme de ver plat* qui peut coloniser l’intestin et plus particulièrement l’intestin grêle, cette partie de l’intestin qui s’intercale entre le duodénum (à la sortie de l’estomac) et le gros côlon. À l’origine, les œufs de ténia souillent les végétaux qui vont être ensuite ingérés par les bœufs ou les porcs. L’homme se contamine à son tour lorsque la viande est infestée de larves du parasite. Le ver solitaire en tant que tel est un parasite bénin et ne doit pas alarmer, même si la découverte des anneaux effraie. Reste les désordres digestifs et l’amaigrissement qui peuvent poser quelques problèmes temporaires.
* plus précisément de la famille des cestodes
Attention aux viandes mal cuites
Si les amateurs de steak tartare sont en première ligne, la consommation de viande de bœuf mal cuite ou de jambon cru expose également à l’ingestion des œufs du parasite. 500 000 personnes en font les frais chaque année. Vous l’aurez déjà compris, seule une cuisson efficace de la viande de bœuf ou de porc permet d’éviter la contamination.
Ventouses
De la taille d’une tête d’épingle, la tête du ténia, appelée scolex, est munie de 4 ventouses. Elle se fixe à la paroi de l’intestin grêle et se développe en 2 à 3 mois pour atteindre la taille impressionnante de plusieurs mètres, jusqu’à 12 parfois. Ce n’est que lorsqu’il atteint l’âge adulte que le ténia va libérer les fameux anneaux que l’on retrouve alors dans les selles, les sous-vêtements ou dans la literie. Les anneaux ont une forme aplatie, semblable à une nouille plate et blanchâtre, et sont plus ou moins mobiles. Lorsque l’élimination des anneaux ou des œufs s’effectue sur le sol, l’homme ou l’animal peut se contaminer à nouveau par voie alimentaire.
Amaigrissement surtout
Inutile d’attendre patiemment l’élimination des anneaux dans les selles pour suspecter la présence d’un ver solitaire.
Certains signes doivent mettre la puce à l’oreille, comme le manque d’appétit ou au contraire des accès de boulimie, des crampes épigastriques (au « creux de l’estomac »), des troubles du caractère ou du comportement chez l’enfant, des vomissements à jeun, des épisodes de diarrhée et bien sûr une perte de poids responsable d’un amaigrissement. Dans certains cas, des maux de tête, une insomnie et un trouble dépressif complètent le tableau et peuvent égarer le diagnostic.
Prise de sang
Outre l’examen des selles à la recherche d’anneaux ou d’œufs (via la pose d’un adhésif sur la paroi anale qui permet de décoller les œufs), une analyse sanguine va retrouver une hyperéosinophilie (augmentation du taux des éosinophiles, une variété de globule blanc) caractéristique de l’existence d’une infection d’origine parasitaire. La surveillance du taux des éosinophiles, qui va revenir à son niveau normal, permet également de contrôler l’efficacité du traitement antiparasitaire.
Traitement antiparasitaire
Fort heureusement, la dizaine de mètres de ténia qui s’agrippe aux parois de votre intestin grêle ne va pas résister bien longtemps au traitement antiparasitaire (Biltricide, Trédémine…). Un médicament antiparasitaire spécifique à prendre en une à deux prises seulement et qui permet de détruire très efficacement le ver solitaire, qui finit par s’éliminer complètement par les selles, y compris la tête. La réussite est complète lorsqu’aucun anneau n’apparaît plus dans les selles au bout de trois mois. Précision importante, un ténia peut comporter 1 000 à 2 000 anneaux ! En cas contraire, le traitement doit être renouvelé. Et il est inutile de pratiquer une purge et encore moins de se mettre à la diète. Reste la solution efficace des semences de courge mélangées à du miel.
BOTRIOCÉPHALOSE
La botriocéphalose est une autre forme de ténia, proche du ténia « classique » et que l’on contracte en avalant du poisson cru d’eau douce ou de lac, contaminé par un parasite, le botriocéphale. Comme pour le ténia, mieux vaut également bien cuire le poisson. Le diagnostic repose, non pas sur l’évacuation d’anneaux, mais sur la présence d’œufs de botriocéphale dans les selles. La botriocéphalose se signale par des diarrhées, des douleurs abdominales et une anémie, d’ailleurs souvent révélatrice du problème.
