Les antennes relais sont-elles dangereuses pour la santé ?

Si de nombreuses études ont été effectuées sur les dangers de l’usage inconsidéré du téléphone mobile, celles concernant les antennes-relais sont relativement limitées.

Si de nombreuses études ont été effectuées sur les dangers de l’usage inconsidéré du téléphone mobile, celles concernant les antennes-relais sont relativement limitées. Pourtant, l’inquiétude est légitime. En effet, si l’usage du téléphone portable est, de manière générale, de courte durée, l’exposition aux champs électromagnétiques générés par les antennes-relais est, quant à elle, constante. Les riverains d’antennes vivent donc en permanence sous leur influence, parfois sans le savoir, et en ignorant les conséquences que cette exposition pourrait avoir sur leur santé. Alors, dangereux ou pas ?

Principe de précaution ?

Souvenez-vous, dans les numéros 82, 83 et 84 de Belle-Santé, nous avons parlé des dangers des lignes à haute tension. Les champs électromagnétiques émis par celles-ci sont constitués de fréquences extrêmement basses (ELF) représentées en particulier par le courant électrique de 50 ou de 60 Hertz.
Les émissions des antennes-relais sont d’un autre type : il s’agit de micro-ondes, encore appelées ondes d’hyperfréquences. Elles vont de 300 mégaHertz (= 300 000 000 Hertz) à 300 gigaHertz (= 300 000 000 000 Hertz) et ont une longueur d’onde électromagnétique comprise entre 1 mm et 1 mètre. Les téléphones portables fonctionnent à 900 mégaHertz ou 1800 mégaHertz (1).

(1) Outre les micro-ondes, des ELF sont également générées dans le contact entre les antennes-relais et nos téléphones portables. Pour les effets des ELF sur l’organisme, reportez-vous à nos articles sur les lignes à haute tension.

Les personnes vivant à proximité des antennes-relais sont soumises, de jour comme de nuit, à ce type de champ électromagnétique et la puissance de celui-ci peut fortement fluctuer en fonction du nombre de communications téléphoniques traitées par l’antenne émettrice.

Le taux d’exposition des populations riveraines aux micro-ondes dépend, par ailleurs, de nombreux facteurs : leur distance par rapport à l’antenne, le fait qu’ils soient ou non situés en avant des antennes émettrices (dans le lobe central de micro-ondes), la présence ou non chez eux de réémetteurs passifs (structures métalliques qui peuvent renforcer l’intensité du champ électrique), le nombre de communications traitées par l’antenne, la présence d’autres sources électromagnétiques à proximité, le nombre d’antennes dans les environs et les caractéristiques de celles-ci. Tous ces facteurs rendent d’autant plus difficile l’établissement d’une distance maximum de sécurité. Mais est-ce une raison pour laisser faire n’importe quoi? Certainement pas, car c’est notre santé qui est en jeu!

L’influence des micro-ondes sur la santé

L’exposition chronique aux hyperfréquences n’est pas sans effets sur l’organisme et la santé.

Les micro-ondes induisent des modifications dans les protéines de la membrane cellulaire. Un signal est alors envoyé au cerveau et l’organisme réagit en modifiant les taux de calcium interne, en fabriquant des protéines de stress et en activant diverses enzymes. Ces enzymes vont, à leur tour, provoquer des réactions en chaîne et les protéines de stress vont bloquer un certain nombre de fabrications à l’intérieur de la cellule, notamment celles de neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine, noradrénaline, acétylcholine…). L’activité du cerveau sera alors perturbée et on pourra craindre à plus ou moins long terme des conséquences sur le système immunitaire et la santé en général. Les études effectuées auprès des riverains mettent en évidence des plaintes nombreuses et variées, et ce jusqu’à une distance de 300 m des antennes.

Le syndrome des micro-ondes, encore appelé maladie des radio-fréquences, n’est pas une découverte récente. Il a déjà été décrit dans les années 60. Cette pathologie se manifeste par différents symptômes asthéniques : fatigue, irritabilité, céphalées, nausées, dépression, anorexie… mais également par des troubles cardiovasculaires (tachycardie, bradycardie, hyper ou hypotension), de la somnolence, des insomnies et des troubles de la concentration, des problèmes cutanés (allergies, eczéma, psoriasis…), des modifications de la formule sanguine (taux élevé de lymphocytes), des perturbations de l’électro-encéphalogramme et de la reproduction et une faiblesse des organes des sens (odorat, ouïe, vue). Dans le cas d’une exposition à long terme, des maladies neurovégétatives et même des tumeurs ou des cancers ont été observés. Certains de ces symptômes peuvent déjà se manifester à un niveau d’exposition très bas. Ils varient selon la sensibilité de chacun mais, de manière générale, les enfants, les personnes âgées ou affaiblies et les femmes enceintes y sont particulièrement sensibles. En outre, il faut savoir que certaines personnes sont électro-sensibles, ce qui signifie qu’elles sont plus fragiles que la plupart d’entre nous face aux champs électromagnétiques et souffriront beaucoup plus vite et intensément que les autres de troubles de santé dus à l’exposition aux ondes.

NORMES D’EXPOSITION MAXIMALES EN VIGUEUR DANS LE MONDE

Salzbourg : 0,06 volts/mètre
Luxembourg : 3 volts/mètre
Belgique : 3 volts/mètre (depuis février 2007)
Suisse : 4 volts/mètre
Italie : 6 volts/mètre (0,5 volts/mètre en Toscane)
Pologne : 6 volts/mètre
Russie : 6 volts/mètre
Chine : 6 volts/mètre
France : 41 ou 58 volts/mètre (sans commentaire…)

PÉRIMÈTRES D’EXCLUSION DES ANTENNES DANS D’AUTRES PAYS

Pennsylvanie : 600 mètres
Pays de Galles : 500 mètres
Finlande : 100 mètres pour les habitations et 500 mètres pour les zones sensibles (crèches, hôpitaux, écoles, maisons de retraite…)
Australie : 200 mètres

Une objectivité toute relative…

En France, les normes d’exposition maximales se basent sur 3 rapports officiels, publiés respectivement en 2001, 2003 et 2005. Ces 3 rapports ont été rédigés par le même panel d’experts, ces derniers n’ayant, en outre, pas adhéré à l’article L794-5 sur l’indépendance des experts.

  • Le premier rapport, Zmirou et al, prend uniquement en compte l’effet hyper-thermique des micro-ondes lors d’une utilisation de courte durée. Il ne tient pas compte de l’exposition chronique, ni des ELF, (champs de très basse fréquence) présents également dans le signal GSM, et occulte donc leurs effets potentiels sur la santé.
  • Le rapport 2003 de l’AFSSE, censé évaluer le rapport Zmirou, est composé du même noyau d’experts que celui-ci… Ces derniers, prétendument indépendants, ont pourtant publié une plaquette financée par Orange dans le journal « Impact médecine » de décembre 2002.

Par ailleurs, à l’occasion de la sortie de ce rapport, ses auteurs ont « avoué » la participation d’opérateurs au financement des recherches. Question objectivité, on peut mieux faire… Et malgré cette « relative objectivité », si ces rapports ne concluent pas à l’existence d’un danger pour les riverains d’antennes-relais, ils préconisent la réduction de l’exposition inutile et la poursuite des recherches. Ils ne sont donc pas tout à fait aussi rassurants qu’il n’y paraît.

Quelques études révélatrices

  • En 2002, la commune de Badalona en Espagne a obtenu le retrait des antennes installées par Vodafone sur son territoire suite à une étude menée auprès de 41 riverains habitant dans un rayon de 5 à 30 mètres de l’antenne. En effet, on dénombrait parmi eux 9 cas de cancer, 22 personnes se plaignant de fatigue, 17 souffrant de nausées, 24 personnes atteintes de vertiges, 30 personnes souffrant de maux de tête, 22 dépressifs, 33 riverains se plaignant de troubles du sommeil, 19 de troubles d’équilibre, 16 de problèmes de mémoire, 16 de problèmes cutanés, 17 personnes souffrant de palpitations cardiaques, 20 personnes atteintes de troubles visuels et 11 de problèmes auditifs.
  • Une autre étude (2), française cette fois, porte sur 530 riverains d’antennes. Ceux-ci se plaignent significativement plus de troubles de santé que les personnes non exposées ou situées à plus de 300 m des antennes émettrices (Moins de 100 m : irritabilité, tendance dépressive, perte de mémoire, difficulté de concentration, vertiges. Moins de 200 m : maux de tête, problèmes de sommeil, sentiment d’inconfort, problèmes cutanés. Moins de 300 m : fatigue).

(2) Santini R. et al, Pathol Biol (Paris). 2003 Sep; Symptoms experienced by people in vicinity of base stations: II/ Incidences of age, duration of exposure, location of subjects in relation to the antennas and other electromagnetic factors.

  • Une étude hollandaise, réalisée en laboratoire sur des volontaires en double-aveugle et publiée en 2003, montre, dès 45 minutes d’exposition à 0,7 volts/m, des troubles de mémorisation, une baisse de l’attention visuelle et un sentiment de mal-être.
  • À Murcie, en Espagne, une enquête épidémiologique (3) a été menée à proximité d’une antenne-relais GSM de 1800 MHz. Les riverains ont été interrogés sur leur bien-être et leur santé (syndrome des micro-ondes). La puissance du champ a, en outre, été mesurée à leur domicile. Les auteurs de l’étude rapportent un lien significatif entre la gravité des symptômes constatés et la puissance du champ mesuré. La séparation des personnes interrogées en 2 groupes témoins montre une augmentation des symptômes dans le groupe le plus exposé. Ces effets sont observés à des niveaux de densité de puissance très faibles, de l’ordre de 0,0005 W/ m2 (0,4 V/m).

(3) Navarro E. et al, Electromagnetic Biology and Medicine, 2003; The Microwave Syndrome : A Preliminary Study in Spain.

  • À Netanya, en Israël, une étude (4) (sur 3 ans) sur 622 personnes vivant dans un périmètre de 350 mètres autour d’une antenne-relais GSM 850 MHz implantée depuis plusieurs années montre 4 fois plus de cas de cancers par rapport à une population témoin.

(4) Wolf R., Wolf D., International Journal of Cancer Prevention. 2004 Apr; Cancer near a cell-phone transmitter station

  • Des médecins allemands ont publié le 20 juillet 2004 les résultats d’une étude épidémiologique (5) menée sur les riverains d’une antenne-relais à Naïla en Allemagne. Cette étude, recensant les pathologies de 1994 à 2004, a mis en évidence que les cas de malades du cancer étaient plus élevés chez les personnes qui vivaient à proximité de l’antenne (jusqu’à 400 m). Entre 1999 et 2004, soit 5 ans après l’installation de l’émetteur, le risque relatif de contracter un cancer avait triplé chez les riverains les plus proches.

(5) Eger H. Et al, Umwelt-Medizin-Gesells- chaft. 2004-Nov; Einfluss der räumlichen Nähe von Mobilfunksendeanlagen auf die Krebsinzidenz.

  • Une étude de l’Université de Médecine de Vienne (6), réalisée par l’Institut de Médecine Environnementale, confirme le lien entre l’exposition aux antennes-relais et des effets sur la santé. Cette étude autrichienne porte sur 365 riverains, exposés depuis plus d’un an à des antennes-relais situées entre 24 et 600 m en zone rurale, ou installés à une distance de 20 à 250 mètres en ville. Visitées à domicile, ces personnes ont passé des tests cognitifs, d’autres sur la mémoire, la perception, etc. et ils ont répondu à un questionnaire sur leur état de santé et la qualité de leur sommeil. Le champ électromagnétique a également été mesuré dans leur chambre à coucher.
    Les niveaux mesurés étaient nettement inférieurs aux valeurs limites en vigueur alors en Autriche, fixées à un maximum de 4,1 mW/m2. Pourtant, une relation significative de certains symptômes (maux de tête et baisse des performances cognitives) avec les niveaux de puissance mesurés a été constatée, notamment dès que la valeur d’exposition dépasse les 0,5 mW/ m2 (0,5 mW/m2 correspond à un champ électrique de 0,43V/m).

(6) Hutter, Kundi et al, Occup Environ Med. 2006 May; Subjective symptoms, sleeping problems, and cognitive performance in subjects living near mobile phone base stations.

  • Une étude de la Faculté de Médecine de l’Université de Menoufiya (7), en Égypte, menée auprès d’un groupe témoin de 80 personnes et de 85 riverains d’une antenne-relais (résidant en face ou en dessous), démontre que les troubles de mémoire, les insomnies, les migraines, la dépression et les pertes d’équilibre sont sensiblement plus élevés chez les personnes exposées que parmi le groupe témoin. Ces effets sont en outre confirmés par des tests neuro-comportementaux. Le groupe des riverains d’antenne obtient, en effet, de moins bonnes performances que le groupe témoin à l’un des exercices d’attention, et, à l’inverse, des résultats plus élevés au test d’oculomotricité (mouvements de l’œil). Soulignant les risques de problèmes neuropsychiques et d’altérations neurocomportementales encourus par les riverains d’antennes-relais, les chercheurs préconisent une révision des normes d’exposition en vigueur et un suivi sanitaire des personnes vivant à proximité.

(7) Abdel-Rassoul et al, Electromagn Biol Med. 2006. Neurobehavioral effects among inhabitants around mobile phone base stations.

QUELQUES EXPÉRIENCES INTÉRESSANTES SUR L’EAU

– Si l’on arrose des graines de haricots avec de l’eau traitée par micro-ondes, celles-ci poussent plus lentement (8).
– Si l’on place des fleurs dans de l’eau traitée par micro-ondes, celles-ci consomment moins l’eau et se fanent plus vite (9).
– Si l’on expose pendant 20 minutes des solutions physiologiques aqueuses aux micro-ondes ( 42,2 GHz-100 μW/ cm2), le transport du potassium des cellules rénales est perturbé (10).

(8) P. Martignac. Les vertus du magnétisme des aimants et de la terre. Ed. Michel Grancher. 1997. Page 203.
(9) J. P. Garrel. Third International Congress of the EBEA. Nancy 1996.
(10) E. E. Fesenko et coll. Preliminary microwave irradiation of water solutions changes their cell-modifying activity. FEBS Letters. 1995. 366 : 49.52
.

  • Enfin, un compratif réalisé en octobre 2006 et confirmé en janvier 2007, traitant des études «peer reviewed» sur les antennes-relais, met en évidence le fait que 80% des études existantes, parmi celles parues dans des revues scientifiques à comité de lecture et recensées dans les bases de données de l’OMS ou de PUBMED, concluent à un effet des antennes-relais sur les riverains.

N’est-ce pas suffisant pour appliquer le principe de précaution et interdire l’implantation d’antennes- relais à proximité d’habitations, écoles, crèches, maisons de retraite, hôpitaux ? À vous de juger. En aucun cas, ce ne serait un retour en arrière. Cela ne signifierait pas non plus que nous devions renoncer à cet accessoire devenu quasi indispensable qu’est le téléphone portable. Si ce dernier nous facilite la vie, il faut être certain qu’il n’en détruira pas d’autres! Voilà pourquoi il apparaît urgent que les opérateurs prennent des mesures pour diminuer les doses de micro-ondes reçues par les riverains d’antennes à un maximum de 0,6 V/m. Quant à nous, nous devons, en outre, veiller à utiliser notre téléphone cellulaire avec intelligence et parcimonie et non de manière anarchique et excessive.

Tous nos remerciements à l’association P.R.I.A.R.Té.M et au Criirem pour leur collaboration.

ADRESSES UTILES

Criirem
(Centre de Recherche et d’Information Indépendantes sur les Rayonnements ElectroMagnétiques)
Secrétariat général Espace WWF – 1 rue du Carrefour Longchamp 75116 Paris
Tél : 00 33 (0)1 42 15 21 67
Mesures 11 rue Edith Piaf – 72 000 Le Mans
Tél : 00 33 (0)2 43 21 18 69 – Mail : contact@criirem.org
P.R.I.A.R.Té.M (Pour une Règlementation des Implantations d’Antennes-Relais de Téléphonie Mobile) 5, Cour de la Ferme Saint-Lazare 75010 PARIS
Téléphone : 01 42 47 81 54 – Fax : 01 42 47 01 65
Site Internet : https://www.priartem.com – E-mail : contact@priartem.com

À LIRE
Le livre blanc de la téléphonie mobile. Votre GSM, votre santé, on vous ment ! du Dr R. Gautier, Dr P. Le Ruz, Pr D. Oberhausen et Dr R. Santini. 20 € aux éditions Marco Pietteur.

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