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Non aux pesticides !

À Donnemarie-Dontilly, « nous voulons des coquelicots » et des agriculteurs heureux

Depuis novembre 2018, chaque premier vendredi du mois, à 18 h 30, nous sommes quelques dizaines à nous réunir devant ou dans la mairie de Donnemarie-Dontilly (77) pour soutenir le mouvement initié par Fabrice Nicolino et François Veillerette : « Nous voulons des coquelicots ».

Le mouvement “Nous voulons des coquelicots” s’est fixé comme objectif l’interdiction des pesticides de synthèse en France dans les deux ans. Comment l’aider ? En étant nombreux à signer un appel réclamant cette mesure urgente à nos gouvernants (sur le site www.nousvoulonsdescoquelicots.org). C’est seulement ainsi que nous pourrons préserver la biodiversité, la santé de la planète et la nôtre.

Lors de nos festives réunions du vendredi, nous avons commencé à mettre en place un projet : encourager le développement de cantines bio sur notre territoire. Et nous en sommes venus à nous demander comment inclure les producteurs locaux à cette aventure…

Les agriculteurs d’abord

Début novembre, trois jeunes agriculteurs ont participé à notre premier rendez-vous. Plutôt hostiles de prime abord, ils trouvaient que c’était un peu facile de critiquer leur travail sans en connaître les contraintes et les enjeux, les impératifs et les difficultés. Ils avaient raison : nous sommes béotiens en matière de production agricole, de maraîchage, d’élevage… Mais prêts à faire des efforts pour comprendre. Nous avons donc décidé d’organiser une rencontre entre notre petit groupe et les agriculteurs de notre secteur. Deux personnes de notre groupe se sont mobilisées pour les recenser et les convier. Nous pensions qu’ils seraient 4 ou 5… Eh bien non, bonne surprise : ils étaient 12, la majorité représentant l’agriculture « conventionnelle », deux pratiquant l’agriculture de conservation des sols – ce type d’agriculture place le sol au cœur du système de production, elle est basée sur 3 « piliers » : une couverture permanente du sol, des semis sans travail du sol, la diversité et la rotation des cultures – et deux producteurs bio. Tous ont été invités à s’exprimer.

Consomm’acteurs ?

L’un des agriculteurs présents, co-président des Jeunes Agriculteurs de Seine-et-Marne, initie le débat en nous énonçant le thème de la dernière assemblée générale de son syndicat : « Plus vert, plus cher, comment faire ? ». En effet, il est demandé aux producteurs de faire des efforts importants pour polluer le moins possible, mais cela implique des moyens financiers… Comment concilier ces deux exigences ? Sans doute en valorisant leur production. Et là, tous les présents sont d’accord pour souligner que le rôle des consommateurs est ici déterminant. En effet, on ne peut pas vouloir des aliments exempts de pesticides, d’une qualité irréprochable, et les payer au lance-pierre. L’un des agriculteurs donne l’exemple de la viande. La consommation a augmenté l’année dernière (même si on a l’impression qu’elle diminue suite aux recommandations de santé), mais la viande vendue provient pour une très grande majorité d’élevages industriels intensifs où qualité et respect des animaux sont des préoccupations bien lointaines. Dans les années 1960, plus d’un tiers du budget familial était consacré à l’alimentation, aujourd’hui, moins de 20 %. Certes, d’autres dépenses ont augmenté, mais on peut consommer moins et mieux, sans aucun doute.

Les demandes des producteurs

Notre groupe a interrogé les agriculteurs sur leurs attentes par rapport à cette rencontre. Ces derniers ont tous expliqué qu’ils aimeraient qu’on ait une image plus juste de leur métier et de leurs pratiques : ils souffrent de passer pour des empoisonneurs. Ils semblent satisfaits de pouvoir communiquer de manière directe avec nous, de remettre à plat les informations et de ne pas endosser toujours le mauvais rôle alors que leur travail est très encadré. Ils remarquent que les multinationales de l’agro-alimentaire, elles, font bien ce qu’elles veulent sans être montrées du doigt. Ainsi, dans les « plats tout prêts », on retrouve des céréales OGM venues de l’autre bout de la planète, vendues peu chères, et cela ne semble déran­ger personne… En agriculture conventionnelle, ils disent employer aujourd’hui le moins possible de traitements chimiques, tout simplement parce que leur coût est important. Et la concurrence avec les pays étrangers (qui ne sont pas soumis aux mêmes règles et contrôles de qua­lité) rend le métier très difficile pour les professionnels français, d’autant plus avec les traités internationaux.

Et l’agriculture de conservation des sols ?

Le travail de la terre par lui-même arrive rapidement au cœur du débat. Une agricultrice établit le parallèle sui­vant : le principe du passage au bio pour un professionnel s’apparente à accepter de se soigner sans médicaments pour un individu. C’est pourquoi il est important de raisonner par petites étapes pour une évolution efficace et durable. Elle-même pratique l’agriculture de conservation des sols. Son collègue, qui fait de même, a apporté trois seaux de terre pour illustrer son propos : l’un prélevé dans ses propres champs, le second sur des terres cultivées selon le modèle de l’agriculture biologique et le troisième sur des terres culti­vées de façon conventionnelle. Sur le premier, les racines sont profondes, la faune très fournie, et la terre forme une motte alors que les deux autres montrent une terre friable aux racines courtes. Il explique ainsi que le but de l’agriculture de conservation est de restaurer la richesse des sols et de la faune comme les vers de terre. Leur rôle, comme celui des araignées ou des champignons, est très important. La matière organique du sol est précieuse, il faut donc travailler le sol le moins possible, pour qu’il soit entretenu de façon naturelle par les racines et les vers de terre. Ce procédé consiste à « soigner la terre » pour la rendre plus fertile, c’est sans doute là une piste essentielle pour ne plus avoir besoin de « traiter chimiquement » les végétaux (au détriment de la santé des sols, d’ailleurs).

De leur côté, les producteurs bio témoignent de l’intérêt économique de cette pratique. Deux d’entre eux, qui ont « converti » la terre de leurs ancêtres, expliquent qu’aujourd’hui, de l’exploitation de leur ferme vivent trois associés et un employé.

Notre rôle est déterminant

Animée par des membres très diplo­mates de notre groupe de coquelicots donnemaritains, cette réunion fut l’occasion d’échanges réellement constructifs où l’on a pu montrer aux agriculteurs que nous n’étions pas leurs ennemis, bien au contraire. D’ailleurs, les maraîchers bio présents ont rappelé que, quel que soit leur mode de production, ce qui rassemble les paysans est beaucoup plus fort que ce qui les oppose. Et nous souhaiterions qu’ils sachent que, loin de vouloir jouer la carte de la culpabilisation, nous ne demandons qu’à les aider à améliorer leurs pratiques. Eux-mêmes et leur entourage en seraient sans aucun doute les premiers bénéficiaires (il suffit de constater le nombre de maladies professionnelles liées à l’usage des pesticides).

Les débats se sont conclus par un double constat : d’abord (rappelons-le) que chacun d’entre nous, consommateurs, joue un rôle capital qui influe directement sur notre avenir et celui des producteurs. Ensuite que le système libéral, dont fait partie le secteur agricole, verrouille les initiatives. Les agriculteurs sont pris dans un étau, se pliant à des règles parfois absurdes qui nuisent à leur travail : l’un d’entre eux nous explique qu’il n’a pas le droit de vendre son blé en direct, mais est tenu de passer par une coopérative.

La question de la transparence est également au cœur du débat : le consommateur doit exiger une traçabilité de la production et de la transformation.

En somme, chacun est acteur (consommateur, producteur) et a sa part de responsabilité dans le système. Si les personnes présentes à notre réunion en sont manifestement convaincues, il nous appartient désormais de communiquer largement sur le fait que, dans ce combat vers une production plus « saine », rien ne sert de se confronter, d’opposer les systèmes, mieux vaut s’unir pour trouver des solutions durables et équitables pour tous. Nous continuerons à nous rassembler chaque premier vendredi des mois à venir et à faire en sorte que toutes les opinions puissent s’exprimer. N’oubliez pas d’aller signer l’appel « Nous voulons des coquelicots » et de le faire signer autour de vous.

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