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Du mobilier en barrique

jeu, 01/06/2017 - 13:48 -- Virginie Parée
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Il y a trois ans, alors que je savourais un bon verre de vin rouge au salon Fougère avec l’équipe de Rebelle-Santé, mon regard fut attiré par une belle chaise haute, faite de bois foncé joliment courbé, de métal et de velours rouge.

Une chaise qui me semblait en parfaite harmonie avec le vin que je dégustais, un objet à mi-chemin entre création artistique et meuble de type industriel. En me renseignant sur la provenance de ce siège, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que son créateur habitait à Nice, pas loin de chez moi !
C’est ainsi que j’ai pu rencontrer Christophe Lorenzoni dans son atelier, un espace de création réparti sur deux niveaux, à Nice, un lieu hors du temps, au fond d’une cour, éclairé par de grandes vitres légèrement opacifiées par la sciure.
Au rez-de-chaussée, un amoncellement de tonneaux et de planches attendent de passer à l’étage après transformation. Au premier, dans un joyeux désordre créatif, des objets sont en fin de fabrication et dégagent une bonne odeur de bois. Tables, chaises, tabourets, des pièces uniques répondant à la demande de clients professionnels ou particuliers.

Christophe, comment en êtes-vous venu à travailler le bois ?
J’ai toujours voulu travailler avec mes mains, même si, au départ, j’ai pris un autre chemin : j’ai fait l’école hôtelière pour rejoindre ma famille dans l’hôtellerie en Corse. Mais, assez rapidement, j’ai bifurqué car je me suis lassé.
En 1994, j’ai commencé par faire des meubles en carton. J’ai beaucoup cherché et travaillé pour arriver à des résultats qui me convenaient, mais il était difficile d’en vivre. Le carton n’est pas un matériau noble.
Je ne faisais que des pièces uniques que je vendais en galeries. C’était beaucoup d’heures de travail pour rendre le produit fini esthétique et solide. Mais impossible d’y trouver une rentabilité.
Je suis alors revenu vers la restauration pour travailler dans un bar à vins, même si je continuais à faire des meubles en carton pour une petite clientèle.
Au bar à vins, il y avait un tonneau. À force de l’avoir constamment sous les yeux, je l’ai imaginé un jour en chaise. Ce fut le déclic. J’ai commencé comme ça, à partir d’un tonneau. J’ai fabriqué d’abord une chaise, puis un tabouret, tout le reste est venu naturellement.
J’ai alors décidé d’arrêter de travailler dans la restauration pour fabriquer des meubles en bois.

Quelles sont vos matières premières, d’où viennent-elles ?
Le bois récupéré de tonneaux (aussi appelés barriques), le fer et parfois le tissu. En fait, je travaille davantage le métal que le bois.

De quel bois sont faits les tonneaux ?
Ils sont en chêne, à 99,9 %. Sinon, il existe quelques barriques en châtaigner ou en acacia. Mais, jusqu’à maintenant, je n’ai travaillé que le chêne.

C’est un matériau très noble...
Oui, c’est un matériau exceptionnel. Les tonneliers achètent des parties de troncs. Ils n’achètent pas d’arbres en entier, mais uniquement les parties où il n’y a pas de branches ni de nœuds. C’est la 2e catégorie de bois qui est utilisée pour les tonneaux. La première, la plus noble, est destinée à la marqueterie (décor réalisé sur du bois découpé suivant un dessin figuratif, géométrique ou abstrait).

Où trouvez-vous tous ces tonneaux ?
Je les récupère chez des vignerons parce qu’ils en changent très régulièrement. Les tonneaux ont une longue vie, ils passent de mains en mains, mais il arrive un moment où ils ne peuvent plus servir à faire du vin. Soit parce que le bois n’est plus conforme, soit parce qu’il devient difficile de le nettoyer. J’arrive à ce moment-là pour lui donner une seconde vie.
Je récupère des tonneaux chez une dizaine de vignerons. J’en prends 5, 10, parfois 15. Et si j’ai des besoins bien particuliers, je me fournis auprès de tonnelleries. Car elles aussi récupèrent des vieux tonneaux qui finissent en "tonneaux-déco" : bacs à fleurs, tables hautes et autres.

Quelle est votre clientèle ?
Elle est majoritairement composée de professionnels : 70 % de bars à vins, de restaurants, 20 % de vignerons pour 10 % de particuliers. La motivation d’achat est d’avoir un meuble fabriqué dans des matériaux nobles, et surtout d’avoir une pièce unique qu’on ne trouvera nulle part ailleurs.

Il semblerait que les meubles professionnels aient le vent en poupe en ce moment...
Cela fait déjà un moment que ces meubles sont prisés. Nous en sommes arrivés à une stabilisation avec une bonne vitesse de croisière sur l’esprit loft ou industriel.
Pour mes fabrications, c’est la matière qui est intéressante. Les restaurateurs apprécient la déclinaison du bois de tonneau ayant contenu du vin en meubles : sièges, tabourets ou tables.

Pour les professionnels, s’agit-il de créations sur mesure ?
Oui, pour ce qui concerne les comptoirs ou parfois les tables, je fabrique dans mon atelier après avoir pris les mesures et je monte le travail sur place.

Comment vous êtes-vous fait connaître ?
Je fais au moins deux salons de vignerons par an, et plus précisément, des salons de vignerons qui élèvent du vin nature.

Qu’est-ce qu’un vin nature ?
C’est un vin bio. Bio avant et bio après. L’appellation Bio est donnée pour un raisin non traité. Mais une fois dans la cuve, le vin peut être traité. Le vin nature, lui, ne subira aucun traitement chimique avant et après la récolte. Une fois dans le fût, il ne reçoit aucun additif. Ce sont des vins qui contiennent très peu de soufre. L’appellation « nature » n’est pas vraiment officielle, c’est un peu une charte.

Avez-vous un bon petit vin rouge "nature" à nous conseiller ?
Oui ! Domaine Gramenon à Montbrison-sur-Lez, à côté de Valréas. C’est un Côtes-du-Rhône.

Merci Christophe, quel beau métier de redonner un second souffle au bois, et surtout d’une si belle manière !

Le site de Christophe Lorenzoni : www.225litres.com

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