Jeûne et randonnée

mer, 06/09/2006 - 20:02 -- Sophie Lacoste

Juste avant l’été, je suis allée tester une nouvelle «méthode de santé», le jeûne associé à la randonnée. Au programme, de l’eau fraîche (si vous avez emporté une gourde isotherme!), des grimpettes dans de magnifiques montagnes, des exposés sur différentes thérapies, des cours de cuisine (eh oui!)… Et, après une semaine, une grande forme!

Chez les Bölling, à Léoux, les stages de jeûne et randonnée durent du samedi au samedi. Mais la formule est souple et leur devise, c’est «quand vous êtes prêt, on est prêts!». Pour moi, c’était le 10 juin, jour de l’anniversaire de Maryse qui m’y a accompagnée (et qui, le reste de l’année, m’aide chaque jour à répondre au courrier de Belle-Santé).

La préparation

La semaine précédant le stage, nous avons progressivement réduit notre alimentation, plus de viande d’abord, plus de thé ni café, ni de produits laitiers (mais ça, nous n’en prenions pas tellement, ni Maryse ni moi, donc ce ne fut pas un problème). Et puis, on a veillé à vider plusieurs fois notre bouteille d’eau chaque jour... Nous étions prêtes!

Nous y voilà

Quelques cerises pour seul repas, dans le train, et nous arrivons en début d’après-midi en gare de Valence. Nous récupérons deux autres «curistes», venues de Toulouse et de Nice. Gisbert Bölling est au rendez-vous et nous amène à Léoux, notre lieu de séjour.
Nous nous réunissons dans une salle, autour d’une table ovale. Trois participants sont déjà là: un couple et un homme seul. Le couple a commencé le stage mercredi, l’homme seul entame sa deuxième semaine de randonnée. D’autres arrivent petit à petit tandis que Gisbert nous explique les bienfaits du jeûne, nous parle de ses voyages, des congrès auxquels il s’est rendu... Et le groupe se complète au fur et à mesure, des habitués et des nouveaux, qui arrivent en voiture de Neuilly, d’Annecy, de Blois, d’Avignon...

La purge: attention, c'est puissant

Lorsque tout le monde est là (il est plus de 18 heures), Gisbert nous explique l’intérêt de la purge. Il s’agit de se mettre le plus rapidement possible en situation de jeûne. Or, même si on a réduit notre alimentation ces derniers jours, notre intestin est encore bien garni. Il faut considérer l’intestin comme «extérieur» à l’organisme, c’est-à-dire que tout ce qui est encore dedans doit être, soit assimilé, soit évacué. Avec une purge, on «nettoie» tout ça et l’organisme est d’emblée obligé de puiser dans ses ressources profondes, autrement dit les graisses!

Il semble bien qu’on n’ait pas le choix... Ça fait partie de la méthode. On a le choix du breuvage: chlorure de magnésium ou sulfate de sodium. Très amer ou très salé, absolument imbuvable dans les deux cas, mais on s’encourage mutuellement avant de faire un tour de table et de se présenter.

Des profils très différents

Nous serons finalement une douzaine pour le jeûne. Dans ce groupe, on trouve des gens très différents les uns des autres, des personnes qui voudraient se lancer dans l’organisation de stages de jeûne et randonnée en Ardèche, un sportif qui voudrait se débarrasser de sa rhinite chronique, un couple de bons vivants qui vient chaque année depuis 4 ans pour remettre un peu les pendules de leur organisme à l’heure (et qui ont tous les deux arrêté de fumer à la suite d’un jeûne). Certaines veulent mincir, d’autres se sentir mieux dans leur tête...

De quoi sommes-nous faits?

Il est plus de 20h et vient le moment de la «pesée». À la vue de la balance, en entrant, certains yeux ont paru un peu surpris. Quand on a l’espoir de mincir (et donc qu’on se trouve un peu «enveloppé»), on craint forcément de devoir se peser en public! Mais il n’en est rien. Gisbert nous explique que cette formalité lui permet d’établir des statistiques et de voir ce qui se passe pour chacun des participants. Car il ne s’agit pas d’une simple balance, mais d’un outil très perfectionné qui calcule notre masse maigre, notre masse grasse, notre graisse viscérale, notre taux de protéines, notre eau, le poids de nos os...

Grâce à cette machine et avec les courbes des moyennes européennes, Gisbert a mis au point un logiciel informatique qui lui donne de nombreux éléments. Ça commence par notre cote de survie, c’est-à-dire le nombre de jours où nous pourrions rester sans manger (à condition de boire de l’eau, bien sûr), un calcul effectué à partir de notre taux de graisses corporelles. Avec son logiciel, il calcule également notre indice de masse corporelle, notre métabolisme de base (le nombre de calories que notre organisme «brûle» chaque jour si nous n’avons aucune activité). Avec tous les éléments, il nous donne, finalement, notre «âge métabolique», en se référant à la moyenne européenne.

Je me retrouve avec 19 ans d’âge biologique (contre le double dans la réalité). D’autres, avec des chiffres supérieurs à la moyenne, n’ont pas cette chance, mais ils ont l’espoir de rajeunir au cours des prochains jours (et c’est bien ça le défi à relever). Chacun sait à peu près où il va car notre «fiche» indique ce que nous allons probablement perdre durant ce stage : combien de kilos en tout, et combien de kilos de graisse, surtout!
Nous découvrons notre dortoir. Dans le nôtre, nous serons 4 filles! Une petite tisane et au lit!

Une semaine de marche

Dimanche

Gisbert nous attend, à 10 heures, pour une distribution de jus de fruit (1/5 de la bouteille d’eau) et une «mise en jambes», randonnée légère pour commencer. Je ne prends que de l’eau, l’idée du jus de fruit ne me tente pas. La mise en route est difficile et l’une des vaillantes jeûneuses décide de faire demi-tour, déjà larguée, au bout de 20 minutes. Gisbert trouve les mots pour la persuader de continuer. On fait des pauses souvent, les paysages sont magnifiques, de vieilles bergeries, des plantes aromatiques, des genêts en fleurs... On discute un peu (sauf dans les côtes) et la petite bande déambule ainsi dans l’après-midi. On s’ arrête chez un jeune «voisin» producteur de plantes médicinales, Fabrice. Il est en train de récolter le thym accompagné de sa chienne, «Croquette». Il en a des centaines de pieds, et puis de la sauge, de la menthe, de la mélisse, de la lavande... Tout cela parsemé de coquelicots...

De retour au gîte, nous prenons une bonne douche. Le temps de se reposer un peu et nous avons rendez-vous pour un exposé sur la kinésiologie. C’est une praticienne de Villeperdrix, le village dont dépend le hameau de Léoux, qui nous en parle. Nous l’écoutons avec attention, notre bol de bouillon dans les mains. Ce soir, au menu, décoction de raifort, oignon, cumin et sauge.

Lundi

Ce matin, ce n’est pas Gisbert qui arrive à 9h, mais Nicola, sa fille, et Gertrud, sa femme. Tout le monde randonne ce matin jusqu’à Villeperdrix. Une heure et demie plus tard, nous arrivons au village. Sous un tilleul chargé de fleurs, quelques bancs nous accueillent à l’ombre. À quelques mètres, nous rechargeons nos réserves d’eau à la fontaine. Le groupe se divise: certains retournent au gîte pour une séance d’hydrothérapie du côlon, d’autres ont rendez-vous chez la kinésiologue, d’autres partent à la découverte des vergers... Les cerisiers sont couverts de fruits, nous traversons des champs d’oliviers... Gertrud, le soir, fait un exposé sur la reprise après le jeûne.

Mardi

Après une bien meilleure nuit, seuls les mollets rechignent, mais c’est de ma faute: le reste du temps, je reste derrière mon ordinateur ou presque. Comme le dit Gertrud, «Mes mollets me parlent». Ils disent qu’ils méritent de faire ça plus souvent! Ce matin, départ à 9 h en voiture pour le Lac de la Motte Chalencon. Sur place, cours de gym «mise en route», quelques points essentiels de réflexologie plantaire... La randonnée sera courte aujourd’hui car, sur le chemin, une charmante rivière nous tend les bras On s’asseoit dans ses galets pour se faire masser le dos dans une eau à la température adéquate!

De retour au gîte, on a le temps de faire une petite sieste, puis une femme médecin vient nous parler du jeûne et de ses bienfaits. Après un exposé sur le jeûne et l’hydrothérapie du colon, elle laisse place à un musicien pour un cours de djembé.

Mercredi

La nuit fut entrecoupée de réveils. Mais, passées les premières minutes, tout le monde est de bonne humeur, prêt à «affronter» une nouvelle journée de marche. Avant de partir pour la randonnée, Gertrud nous réunit en une ronde, on se donne la main, on chante, on danse. Évidemment, vu de l’extérieur, ça peut paraître bizarre... Mais ça nous met bien en route et Gertrud est toujours si gaie, si dynamique, qu’ elle nous communique son entrain. Nous partons pour un col. Ça monte dur mais chacun va à son rythme. Le groupe s’est scindé en deux, les «rapides» sont partis en éclaireurs mais, finalement, quand on arrive enfin au col, ils sont déjà repartis vers d’ autres aventures! Peu importe, nous nous allongeons à l’ombre des buissons pour une petite sieste bien méritée.

On repart vers 13 h 30. La descente est plus facile. À 14 h 30, on est déjà arrivées au gîte et chacune se prend une bonne douche. Ce soir, on attend la visite d’un cultivateur de thym. En attendant, on participe à un «atelier cristallisation». Il s’agit de faire des dessins avec des craies grasses selon des indications précises, de «cristalliser» ses émotions. La base du dessin consiste à tracer un cercle et à en marquer le centre, puis on décline selon quatre thèmes: d’abord des flocons, puis le bonheur, puis la tristesse, et enfin notre avenir.

Guy Rolland, «paysan» cultivateur de plantes médicinales et autres trésors du pays, vient ensuite, comme prévu, nous parler de santé, et de remèdes qu’il connaît bien. Il passe en revue tous les petits et gros soucis de la vie quotidienne et nous donne, pour chacun d’eux, des idées de remèdes traditionnels efficaces. Sa théorie sur l’ostéoporose, par exemple, mérite le détour. Nous parlons de l’acidité, des erreurs alimentaires... Pour lui (mais il est rejoint en cela par bien des spécialistes «éclairés»), l’ostéoporose n’a rien à voir avec la ménopause... Notre alimentation, qui «fabrique» une acidité intestinale, oblige l’organisme à puiser dans ses réserves minérales (et c’est dans nos os qu’il va chercher le calcium) pour rétablir un pH supportable. Manger des céréales complètes, boire davantage (d’eau), éviter les viandes «à quatre pattes»... seraient autant de bonnes résolutions pour conserver un squelette en bon état. En cas d’ostéoporose (ou de fracture), il conseille, par ailleurs, des cures de «calcium de poule»: le soir, vous faites cuire un œuf dur puis vous le mettez dans un verre de petit diamètre (afin que l’œuf y entre tout juste) et vous remplissez le verre de jus de citron. Le matin suivant, vous retirez délicatement l’œuf du verre (sa coquille s’est affinée, grignotée par l’acidité du citron, mais vous pouvez le manger sans aucun problème le jour même ou les suivants) et vous buvez le jus de citron chargé du calcium de la coquille. Vous recommencez l’opération deux fois par semaine pendant trois semaines puis vous faites une pause de trois semaines et ainsi de suite. Et, pour bien fixer tout ce calcium, vous prenez, en complément, de la silice sous forme de décoction d’avoine complète (que vous filtrez, puis vous donnez les grains d’avoine aux oiseaux), de prêle (décoction, gélules, ampoules...) ou de bambou (gélules)... Il est plus de 22 heures quand notre ami paysan repart.

Jeudi

Difficile nuit. Avec le jeûne, on ne dort pas très bien, mais on n’est pas pour autant toujours fatigué dans la journée. C’est déjà ça! Au programme aujourd’hui, il y a la montagne d’Angèle (1 500 mètres d’altitude), ça promet! Départ vers 9h15. On en bave dès le début. Ça grimpe bien. Gertrud veille à la fin de la troupe et sa présence est vraiment rassurante. De temps en temps, on fait une petite pause à l’ombre. Après 5 kilomètres de marche en montant régulièrement, on arrive au premier point de ralliement, une bergerie. Petit repos et on gagne la crête. C’est difficile mais ça ne dure que 10 minutes et là, un vrai paradis. Une vue à 180 degrés avec d’un côté le Mont Ventoux, de l’autre les Alpes au loin, par terre du thym et de l’ail sauvage, du serpolet, de la joubarbe des toits... Paradis bien mérité. On suit la crête, au bord du ravin. Au bout de la crête, la descente commence. Contrairement à l’habitude (où l’on descend en bavardant tellement le plaisir est grand !), on grimace tant et plus. La descente raide dans les cailloux tétanise nos quadriceps! Maryse rêve de remonter tellement c’est douloureux! On est finalement de retour au gîte à 15 h 30, épuisées! Je prends une douche et je m’endors instantanément.

Ce soir, Gertrud arrive pour notre cours de cuisine. Elle moud la farine et fait des gaufres, aux légumes et sans, sous nos yeux de jeûneurs. On écoute et on note. On finit la séance avec des tas de bonnes recettes inscrites dans nos cahiers!

Vendredi

Ce matin, nous allons voir évoluer des vautours fauves, moines, gypaètes et grands corbeaux. Deux guides nous attendent à l’endroit idéal pour voir les vautours. Nous sommes en haut de la falaise, la vue est magnifique. Au début, on a vu les vautours posés sur les bords de falaises, en contrebas, puis ils se sont mis à décoller, au moins cinquante, passant en haut, en bas, tout proches de nous, c’est vraiment surprenant d’en voir autant et de si près.

Aujourd’hui, c’est la reprise alimentaire après quelques heures de marche en montagne jusqu’à une petite chapelle. Arrivées au point de rendez-vous, on sort les préparations de graines de lin trempées et pruneaux que l’on déguste sous un tilleul avec bonheur. Les graines de lin croquent un peu sous la dent, on apprécie davantage le goût des pruneaux. On rentre ensuite à Léoux.

Ce soir, premier grand repas! Gertrud fait son apparition avec des plats garnis de carottes râpées, salade, sauce aux herbes, et puis des pommes de terre qui chauffent dans la cuisine. Elle nous quitte rapidement, mais avec un petit mot gentil pour chacun. Elle doit partir tôt demain pour animer un stage dans une autre région. Guy, notre «ami paysan», nous rejoint et partage le repas avec nous. On mâche consciencieusement, on savoure...

L’heure est venue de faire le bilan! On se pèse, on analyse les données. Je n’ai plus que 14 ans d’âge biologique, «plus de carte d’électeur!» me dit Gisbert, et j’ai perdu 8,7% de mon poids total, plus que prévu : 1,8 kg de graisse (voyez un peu ce que ça fait en plaquettes de beurre j’imagine une pile de 7 plaquettes de beurre et ça me fait bien plaisir!) et plus de 2 kg d’eau croupie. Tout le monde semble ravi de ses bons résultats!

Samedi

La troupe arrive au compte-goutte dans la salle commune puis Gisbert apporte des gaufres bien épaisses et des graines de courges. On déguste en mâchant longuement. Il est temps de repartir à la gare... Gisbert nous y conduit et s’apprête à reprendre un groupe de stagiaires pour la semaine qui suit...

Épilogue

De retour à la maison, nous avons suivi pendant 15 jours un régime assez strict, en évitant tout aliment animal, les excitants, l’alcool, en mangeant les bons fruits et légumes de saison... Tous les affolés qui pensaient nous voir revenir cadavériques ont été épatés de notre bonne mine (toutes ces randonnées en plein air et au soleil nous avaient donné de belles couleurs!) même si certains n’ont pu s’empêcher de nous trouver les joues creusées! Y aurait-il des jaloux? Nous, nous étions fières de notre stage, et notre forme, après ce jeûne, suffisait à «moucher» les alarmistes et à faire disparaître les dernières réticences de nombreuses personnes de notre entourage.

INFOS EN +
Gertrud et Gisbert Bölling, Léoux, 26510 Villeperdrix. Tél. 06 33 16 66 88 - www.jeune-et-randonnee.com

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