J’ai essayé l’hydrothérapie du côlon

Pour les uns, ça fait peur ou ça dégoûte. Pour les autres, ça fait du bien. J’ai voulu me rendre compte par moi-même. L’hydrothérapie ? Est-ce vraiment si terrible ? Le mot ne signifie-t-il pas soigner par l’eau ? Oui, mais… bon… disons que l’eau passe par… euh… Eh bien, disons-le tout net : l’hydrothérapie du côlon (ou irrigation du côlon), c’est la formule moderne du lavement que pratiquaient nos arrières grands-parents.

Le Dr T. est une longue femme d’une cinquantaine d’années. Elle me reçoit dans son bureau et commence par un questionnaire classique (nom, âge, antécédents médicaux, prise éventuelle de médicaments…) avant de préciser :

– L’hydrothérapie est plus efficace quand vous êtes à la diète ou en période de jeûne, une fois que l’intestin est en partie vidé.

– Ça tombe bien. Je jeûne depuis 3 jours.

– Pourquoi venez-vous?

– Pour essayer. Certains auteurs expliquent que le jeûne est plus facile et plus efficace avec une hydrothérapie. J’ ai aussi rencontré des personnes qui m’ont expliqué qu’elles s’étaient senties mieux, plus légères. D’ autres parlent d’ un moyen idéal pour se détoxifier…

– Tout dépend des gens. Mais j’ai constaté, avec près de 20 ans de pratique, que l’hydrothérapie avait de nombreux atouts. La méthode permet d’éliminer des matières fécales qui se bloquent dans des replis des intestins et qui, années après années, ralentissent le transit ou augmentent le passage des toxines à travers la paroi de l’intestin. En repartant avec un intestin nettoyé, et en faisant attention à son alimentation, on peut réensemencer correctement la flore intestinale. Avez-vous des problèmes de transit intestinal ? Des douleurs ?

– Non, tout va bien, à part, en bas du côté droit, une légère douleur permanente.

En appuyant fortement sur la zone que je lui indique, elle constate que c’est dur :

– Ici, où j’enfonce mes doigts, c’est le début du côlon ascendant, juste après l’intestin grêle. Vous pouvez avoir des adhérences, des agglomérations de selles très vieilles qui peuvent rester dans l’un des replis. L’endroit peut aussi être colonisé par le candida, un champignon qui prolifère en profitant d’une alimentation trop sucrée. Autre explication possible, votre côlon, au cours des années, a fini par se déplacer un peu, prendre une position inconfortable… Et les trois hypothèses ne sont pas contradictoires…

UN PEU D’HISTOIRE

Les lavements, introduction d’eau dans le rectum, ont été pratiqués à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Au début du siècle, le Dr Kellog (celui des céréales) publie un article dans le Journal of American Medicine dans lequel il explique comment il a guéri des milliers de personnes grâce à l’irrigation du côlon. De nombreuses études médicales se succèdent, rapportant à chaque fois les bienfaits de la méthode. Très populaire jusqu’aux environs de 1950, l’hydrothérapie du côlon est détrônée par les laxatifs, qui n’ont pourtant pas les mêmes indications. Avec l’arrivée de nouvelles machines, une garantie de matériel stérile et l’utilisation de techniques à la fois plus douces et plus efficaces (l’eau est introduite plus loin), l’irrigation du côlon redevient une solution alternative «acceptable» pour un nombre toujours plus grand de personnes.

Supportable, mais pas agréable

Je n’ai pas trop envie de « théorie ». Je veux passer à la « pratique ». Je me dis d’une part que le lavement est une méthode ancestrale et que, d’autre part, dans ce cas précis, elle allait être pratiquée par un médecin avec la technique la plus moderne. En résumé, je ne risque rien d’essayer et je verrai bien par moi-même les avantages et les inconvénients.

Le Docteur T. me fait passer dans une petite pièce où sont installés un lit médical, un appareillage un peu compliqué et une cuvette de toilette. Le médecin m’explique le fonctionnement de la machine :

– Contrairement au bocal à lavement de nos grands-mères, l’appareil permet de diffuser l’eau avec une pression contrôlable et avec une température constante, à 37°C. La canule est équipée de deux tuyaux qui permettent, l’un de faire entrer l’eau dans le colon, l’autre de laisser repartir l’eau chargée des matières fécales. Prévenez-moi quand vous ne supportez plus.

Une fois déshabillé, je m’installe sur un lit couvert d’un drap chirurgical. Le médecin enduit une canule stérile, l’introduit doucement. C’est plutôt désagréable, mais ce n’est pas douloureux. L’eau entre. D’abord je ne sens rien. Le Docteur me masse le ventre en insistant du bout des doigts sur certains endroits. Au bout d’un moment, je lui demande d’arrêter. L’eau s’arrête puis repart dans un tuyau d’évacuation. Le tuyau est transparent et ce qui coule sous mes yeux me dégoûte. Normal. Elle remet sa machine en marche et recommence la manœuvre 4 ou 5 fois.

Elle continue ses massages à la fois doux et insistants. Au bout de plus d’une demi-heure de ce traitement — je vous passe les détails —, je me rhabille.

Une sensation bizarre

J’ai l’impression d’avoir été tiraillé, malaxé. Parallèlement à cette douleur très supportable, j’ai la sensation d’être libéré, d’avoir un poids en moins, comme si j’avais évacué des années de lourdeur ou de stress. Dans la nuit, j’ai mal au ventre, au dos et aux hanches. Pour calmer la douleur, je me masse avec le remède d’urgence (Fleurs de Bach), ce qui me soulage rapidement. Le matin, mon ventre est endolori et cotonneux comme si j’avais reçu des coups, je retourne interroger le Dr T. qui me rassure :

– Votre côlon se remet en place, il retrouve sa forme initiale. Comme je vous l’avais dit, il avait certainement pris une mauvaise position. Et, année après année, vous vous étiez habitué. Sans doute, par votre posture, vous compensiez. Cela a entraîné une série de petits déséquilibres. De plus, le côlon a été distendu par l’eau. De fait, l’arrière du côlon pousse sur le triangle des hanches.

Dans la journée, mon ventre avait retrouvé une souplesse que je ne lui connaissais plus. Je n’avais plus mal. Je me sentais bien et même très bien. J’ai interrogé plusieurs personnes qui ont pratiqué l’irrigation du côlon. Si aucune n’avait ressenti les mêmes douleurs dorsales que moi, toutes m’ont décrit des sensations comparables de légèreté.

J’ai pu terminer ma semaine de jeûne sans problème. Difficile de dire si ma forme retrouvée était due à l’abstinence de nourriture, à l’hydrothérapie ou aux deux. Certaines personnes jeûnent sans faire d’hydrothérapie. D’autres alternent les périodes de jeûne et d’hydrothérapie, d’autres encore ne pratiquent que l’irrigation du côlon. En fait, chacun cherche sa méthode pour éliminer les toxines et se sentir mieux.

EN PRATIQUE

L’hydrothérapie du côlon n’est pas une pratique médicale reconnue ou remboursée même si, dans une majorité des cas, ce sont des médecins, des infirmières ou des kinésithérapeutes qui pratiquent cette méthode. Très courante en Allemagne, en Suisse et dans les pays nordiques, cette thérapie commence à se répandre en France et, plus difficilement, dans les autres pays « latins ».

Où ? L’association Axiomes (7, Place des Halles – BP 105 – 34190 Ganges) fournit des listes régionales de praticiens. Il suffit de les appeler au 0892 681 760 (appel taxé à 0,34 € la minute) ou de leur envoyer une enveloppe A5 timbrée à votre adresse. D’autres adresses et des renseignements sont disponibles sur internet en tapant «irrigation du côlon» dans un moteur de recherche.

Qui ? Les praticiens sont surtout des médecins, des naturopathes, des infirmiers et des kinésithérapeutes.

Quand ? Une séance par an ou tous les 2 ans suffit le plus souvent. Mais certains praticiens préconisent 2 à 3 séances rapprochées, puis une séance tous les 6 mois.

Quelle préparation ? Il faut être à jeun depuis au moins 12 heures. Dans les 2 jours qui précèdent, il est préférable de limiter le pain et les farines blanches, les excitants, les produits laitiers et la viande. Préférez les légumes et les fruits cuits.

Et après ? Dans les jours qui suivent, il faudra aussi suivre le même régime et, éventuellement, prendre des probiotiques pour accélérer le réensemencement de la flore intestinale.

Avec quel matériel ? L’appareil fonctionne en courant basse tension. Il est réglé électroniquement et comporte un système de nettoyage et de décontamination. Les canules sont à usage unique et stérilisées.

Combien ? Entre 70 et 100 euros la consultation d’une heure selon le praticien et l’endroit (c’est plus cher à Paris qu’en Province).

Indications et contre-indications

L’irrigation du côlon est surtout conseillée dans le cas d’une cure de détoxification, pour renforcer les défenses naturelles, pour améliorer l’état de la peau et la circulation sanguine ou pour stimuler l’immunité naturelle.

  • Indications (elles sont très nombreuses et varient selon les auteurs) : colites, parasites intestinaux, obésité, mauvaise digestion, paresse intestinale, constipation, ballonnements, inflammations locales, règles douloureuses, fatigue chronique, problèmes hépatiques, acidose, affections dorsales, insomnies.
  • Contre-indications (elles sont évidentes ou de précaution) : enfants, femmes enceintes, ulcères intestinaux aigus ou perforation digestive, intervention chirurgicale récente ou programmée du côlon, tumeur cancéreuse du côlon, hypertension, troubles cardiaques sévères, fistules, insuffisance rénale.

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